Thomas Mann

Analyste de l’âme allemande

Thomas Mann nait le 6 juin 1875 à Lübeck, dans l’Empire allemand nouvellement constitué, au sein d’une famille d’industriels fortunés. D’un père allemand et d’une mère brésilienne d’origine allemande, portugaise et indienne, le jeune Mann ne brille pas particulièrement pendant ses études et n’obtient pas son baccalauréat. Il est toutefois attiré par la littérature dès son plus jeune âge et dévore les ouvrages de philosophie allemande, ce qui influencera son œuvre de façon notable. À l’adolescence, Mann se découvre une attirance pour les hommes qu’il sublimera tout au long de son œuvre. Il assiste, en tant qu’auditeur, à des cours à l’université portant sur la littérature, la mythologie, l’économie, l’esthétique et l’histoire et découvre l’Italie avec son frère ainé, Heinrich, en 1895. C’est d’ailleurs durant son séjour là-bas qu’il écrit son premier roman Les Buddenbrook, publié en 1901 et qui le fera rapidement rencontrer les sommités de la littérature européenne. Sa renommée grandit vite et il devient l’une des figures centrales des lettres du XXe siècle.

En 1904, Thomas Mann épouse la fille d’un mathématicien juif. Ils auront six enfants. Les scandales familiaux ne se ressentent qu’à peine dans ses écrits personnels. Pourtant, la tragédie, au même titre que les arts et le libertinage, rythme toute sa vie de famille. Deux de ses sœurs et deux de ses enfants (Klaus, romancier et Michel, musicien) mettent en effet fin à leurs jours. Deux de ses descendants, Klaus et Erika, choisissent eux aussi le domaine des lettres. Ils sont également homosexuels et se marient dans le déni avec l’acteur homosexuel Gustaf Gründgens (qui quittera Erika) et Pamela Wedekind (fiancée de longue date de Klaus), bien avant la révolution sexuelle des années 1960.

En 1933, le nazisme et l’ascension au pouvoir d’Hitler, dont Mann est un détracteur assumé, élu chancelier d’Allemagne, le poussent à l’exil. Il quitte l’Europe pour les États-Unis après avoir vécu quelques temps en Suisse (pays où il rejoint la sphère intellectuelle depuis l’université de Princeton en 1938) et obtenu le prix Nobel de littérature en 1929. À la fin des années 1940 qui voient se développer le maccarthysme, Mann décide de rentrer en Suisse où il s’éteint en 1955.

L’œuvre de Thomas Mann constitue l’un des héritages les plus importants de la culture universelle allemande. Sa riche production littéraire comprend un bel éventail de styles, de l’essai au théâtre en passant par la narration brève, le roman et les textes autobiographiques. Mann est également un grand défenseur des droits des homosexuels ; il milite en leur faveur et défend la liberté sexuelle de chaque individu à la lumière de son courant de pensée libéral. Il serait impossible de comprendre la littérature européenne du XXe siècle sans l’apport fondamental de la plume et des idées de Thomas Mann.